Le Vilain Petit Canard

Comment j'ai vécu mon intolérance au quotidien en étant gourmande ?

            Le régime sans gluten, une alimentation de plus en plus médiatisée qui n’est pas qu’un régime à la mode.Sans gluten Non, manger sans gluten n’est pas un plaisir pour tout le monde, et encore moins quelque chose qu’on fait pour imiter Gwyneth Paltrow ou Jennifer Aniston… Il s’agit d’une restriction qui permet de soulager un nombre de plus en plus important de personnes intolérantes, allergiques ou sensibles au gluten. Et croyez-moi, ce n’est pas une partie de plaisir !

            Certes, tout le monde peut entreprendre de supprimer les céréales concernées de son alimentation pour constater de nombreux effets positifs sur la digestion, la vitalité, l’humeur, ou encore la peau, suivant les personnes. Mais pour certains, même si la consommation de cette protéine leur est déconseillée, les nouvelles habitudes et restrictions sont difficiles à prendre et à installer durablement. 

            Pour ma part, le plus difficile, c’est la tentation. Eternelle gourmande que je suis, l’arrêt du gluten a été très difficile dans mon cas. J’adore les gâteaux, viennoiseries, pâtisseries, desserts et goûters en tout genre – sauf ceux à la crème que je trouve écœurants. Dès que l’occasion se présentait, je ne refusais jamais une part de gâteau ou un petit biscuit que je dégustais avec grand plaisir. Tout ça avec modération, bien entendu, je n’engloutissais pas tout en moins de 2 minutes en essayant de manger le plus possible. Au contraire, j’aime consommer de petites parts et prendre tout mon temps pour savourer le petit délice qui s’offre à moi. Je suis donc une gourmande raisonnable ^^ Mais gourmande quand même. C’est donc pour ça que je mets tant de temps à arrêter  totalement le gluten… Pour tout vous dire, cela fait 9 mois que j’essaie de l’exclure de mon alimentation sans y arriver complètement. J’ai réussi à tenir 40 jours – un véritable exploit pour moi – mais le festin de la Saint-Sylvestre m’a fait rompre ma résolution avant même que j’aie le temps de la prendre pour la nouvelle année… Je n’arrive pas à résister à la tentation d’une petite douceur, surtout s’il s’agit d’une spécialité réunionnaise ! Un morceau de pâté créole ici, un petit bouchon par là. Oh un samoussa fait maison ! Je ne peux pas refuser… Ce qui retarde de plus en plus l’élimination de cette incontournable protéine collante et la réparation de mon deuxième cerveau.

            L’autre difficulté dans mon alimentation un peu spéciale, c’est le sentiment de solitude. Bonhomme mega doute 1Vous savez, cette sensation d’être le vilain petit canard, que l’on regarde différemment, qu’on questionne sans arrêt et qui doit bien souvent se justifier. La moindre sortie ou invitation devenait source de stress ou de casse-tête. « Mais qu’est-ce que je vais manger ? » « Et si on me trouvait impolie ? » « Comment est-ce que je vais leur dire ? » Je voyais déjà tous les yeux rivés vers moi, attendant les réponses aux questions qu’ils me poseraient. Un puis un jour j’ai eu droit à une remarque très agréable à entendre : « Mais en fait t’es une invitée super difficile toi ! » Et dire qu’avant je mangeais de tout, je me resservais très souvent et j’étais une invitée facile à satisfaire qui avait toujours le sourire. Là, j’ai vraiment eu l’impression d’être un boulet, la personne chiante de la soirée qui ne mange rien. 

            Chez moi, mon namoureux me soutient au quotidien et me dissuade souvent quand les grandes méchantes douceurs m’incitent à leur croquer dedans. Mais je me résigne fréquemment en boudant un peu - oui je suis comme ça, une éternelle enfant à l’humeur changeante qu’une simple bricole peut émerveiller ou désenchanter facilement. Du coup c'est perçu comme un caprice, alors qu’en réalité c’est un imperceptible désespoir qui se cache derrière cette réaction enfantine. « Pourquoi moi ? Je voudrais aussi pouvoir profiter de simples plaisirs gustatifs sans pour autant passer des heures aux fourneaux ou y laisser un bras au supermarché. Certes, ce n’est pas ce qu’on peut offrir de mieux à son corps, mais juste une fois de temps en temps, quand je suis invitée ou à l’extérieur, est-ce trop demander ? »  Je ne connais personne de mon entourage dans mon cas, et donc personne avec qui partager ce sentiment et se préparer des goûters et repas sans gluten ni lactose, sans se sentir exclue. Entre l’incompréhension de l’entourage et le jugement de mes réactions, pas facile de savoir comment remédier à cet état d’esprit. 

            Si vous êtes aussi dans ce cas, je ne sais pas comment vous avez réagi, mais personnellement, je l’ai très mal vécu au début, vous l’aurez compris. J’en étais même arrivée à la dépression. J’y pensais tous les jours, presque continuellement. Lorsque je passais devant les boulangeries, le fait de penser que je ne pourrais plus m’y arrêter pour m’offrir un petit plaisir me consternait. Quand je voyais les biscuits appétissants de mon chéri me faire de l’œil dans le placard, je ne pouvais pas m’empêcher de déprimer sachant que je ne pourrais plus y goûter. Si des amis m’invitaient pour le thé, je regrettais déjà de ne pas pouvoir manger les gâteaux sans me faire du mal. Encore pire pour un repas, où je redoutais l’inévitable pain-fromage, la quiche et le dessert. Bon, dit comme ça, vous devez sûrement me prendre pour une gloutonne obsessive… Toutefois, sachez qu’avant mon intolérance, j’étais une personne tout à fait normale ! Mais maintenant que je me privais d’un plaisir, je cherchais désespérément à le remplacer. 

Viennoiseries

            Ça a été une période très compliquée à gérer, d’autant plus que ma situation professionnelle et financière ne m’aidait pas non plus ! Alors malgré mes restrictions alimentaires, ma digestion ne s’améliorait pas, étant données les conditions de stress et de découragement.

            Cependant, grâce à de bons amis et à des astuces simples et efficaces, j’ai pu me sortir de cet état dépressif et aujourd’hui j’ai réussi à m’accorder avec mon corps et ses besoins. Je trouve de quoi m’occuper pour éviter de penser à manger, et je suis devenue plus organisée et prévoyante. Malgré un petit pincement au cœur quand je vais à la boulangerie avec mes amis, je me débrouille toujours pour avoir un bon morceau de gâteau maison sans gluten dans mon sac et ne prendre que la boisson chaude (sans sucre). Lorsque je suis invitée, je ramène un dessert supplémentaire pour pouvoir moi aussi finir sur une note sucrée, et éventuellement du pain sans gluten pour accompagner la salade ou le fromage. Et je veille à avoir très souvent des biscuits faits maison pour éviter de craquer sur les paquets de gâteaux de mon namoureux. Quand ce n’est pas le cas, la tentation est souvent forte et prend malencontreusement le dessus sur ma raison. 

Cuisine sans gluten

            Et comme j’ai beaucoup de chance, je me suis aperçue que j’avais dans mon entourage, plus de personnes attentionnées et compréhensives que je ne le croyais. En première place, bien évidemment mon namoureux qui, même s’il ne comprend pas forcément mes réactions, est toujours là pour me soutenir et me supporter. Vient ensuite ma belle-maman. Adorable et généreuse, elle a appris les rudiments de la cuisine sans gluten et a toujours dans ses placards les farines de base – riz, sarrasin et fécule de maïs. Avec ces ingrédients elle fait toujours en sorte que je puisse profiter moi aussi des délicieux plats et desserts qu’elle prépare, sans me compliquer la digestion. Et en plus, ce soir je reviens également d’un repas chez un ami qui a pris soin de concocter un menu excluant les aliments que je digère mal : il a remplacé la farine du dessert par de la fécule de maïs, et n’a pas utilisé de crème fraîche dans sa recette. C’est la première fois qu’un ami fait autant attention à moi pour un repas, et j’ai pu goûter à tout ce qu’il y avait à table ! Un vrai bonheur, merci beaucoup Fred ! ;) Il a même prévu une alternative végétarienne pour ceux qui ne mangent pas de viande. Un vrai chef !

            En définitive, même si pour moi c’est difficile de suivre ce régime un peu particulier, j’ai pu trouver quelques astuces pour alléger ma peine, et j’ai compris que je devais avant tout travailler mon rapport à la nourriture. Et pour cela, j’ai besoin d’un mental d’acier, d’une bonne dose de méditation et surtout du soutien de mon entourage, qui m’est essentiel lors de moments de doutes et de rechute. 

Méditation

Et vous ? Etes-vous déjà passé par là ? Je me demande si nous sommes nombreux à le vivre de cette façon…

Commentaires (1)

lisa

un plaisir pour les yeux

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